

THEME 2:
L'HISTOIRE DE LA GENETIQUE, DEPUIS MENDEL
JUSQU'AUX ENJEUX ACTUELS DES BIOTECHNOLOGIES
****
LA BIOLOGIE MOLECULAIRE ET SES
APPLICATIONS
-
- Une nouvelle
phase de la génétique s'ouvre, où l'on abandonnera
progressivement les discussions sur l'existence des gènes,
définis par leurs conséquences sur les traits, pour se
concentrer principalement sur la détermination de la nature
physico-chimique du gène, un effort
qui se focalisera vite sur l'acide nucléique, l'ADN et sur son
mode
d'action.
-
- Thèmes traités
et activités
pédagogiques
(durée: 3 semaines):
La
convergence de la génétique et de la
biochimie: le concept "un gène -> une enzyme"
Découvertes
autour de l'ADN, support de l'information génétique
Découvertes
des mécanismes de l'expression des gènes
Découverte
des enzymes de restriction
Le
clonage et le séquençage des gènes
La
nouvelle conception du gène
Les
OGM
1 La convergence
de la
génétique et de la biochimie: le concept "un gène
->
une enzyme"
- MORGAN n'a pas apporté de
précision sur les mécanismes d'action des gènes,
pourtant, dès le début du XXe siècle, des
observations avaient suggéré un lien existant entre les
gènes et les réactions chimiques du métabolisme.
1.1 LES TRAVAUX DE GARROD (1902)
La première relation entre un
gène et une enzyme est établie en 1902 par Archibald
GARROD à Londres au St Bartholomew's Hospital, en observant un
jeune garçon atteint d'alcaptonurie.
Après la naissance dans la
même famille d'un autre enfant atteint d'alcaptonurie, Garrod se
rend compte que les deux parents sont cousins germains. Il
étudie les autres cas d'enfants alcaptonuriques et observe que
la transmission de cette anomalie s'effectue chez l'homme selon les
lois de Mendel: mode autosomal récessif, ce qui lui laisse
penser qu'elle est due à un gène unique. Il
suggère donc que la déficience enzymatique soit due
à une anomalie du gène responsable de la synthèse
de cette enzyme.
GARROD publie ces observations en 1909
dans Les erreurs innées du métabolisme, où
il avance une explication similaire pour plusieurs maladies
génétiques (albinisme, cystinurie, pentosurie). Dans le
cas présent, il écrit: "l'ouverture du cycle
benzénique [de la molécule de tyrosine] est dans le
métabolisme normal, le travail d'une enzyme spéciale et
cette enzyme est absente dans l'alcaptonurie congénitale."
1.2 LES EXPERIENCES DE BEADLE ET TATUM SUR
NEUROSPORA
Les remarquables conclusions de GARROD ne
pouvaient aboutir à un programme de recherche, car des
défauts génétiques décrits chez l'homme ne
pouvaient pas se prêter à des expériences
génétiques.
George BEADLE, en compagnie de Boris
EPHRUSSI, choisit tout d'abord l'organisme modèle "drosophile",
sur lequel ils étudient la coloration des yeux . La
synthèse des pigments responsables
de cette coloration représenterait le résultat d'une
chaîne
de réactions dont chaque étape est contrôlée
par
une enzyme, chacune de ces enzymes étant elle-même le
produit de l'activité d'un gène. Mais la
complexité du système ne permet pas d'établir une
conclusion définitive.
BEADLE se tourne alors vers un
système biochimique plus simple,
décrit dans l'organisme modèle Neurospora crassa,
un
champignon haploïde. Avec Edward TATUM, qui avait une bonne
expérience
de la culture de ce micro-organisme, il mène des travaux
à
l'université de Stanford pendant la deuxième guerre
mondiale
et les publient en 1941. En 1946, BEADLE prend la succession de MORGAN
au
CalTech (California Institute of
Technology).
1.2.1 Cultures de Neurospora
- Neurospora crassa est une moisissure cultivable sur un milieu
artificiel qui ne contient que du sucre, des sels minéraux, et
de la biotine (vitamine
du groupe B appelée aussi vitamine H). Par irradiation, BEADLE
et
TATUM obtiennent des mutants incapables de se développer sur ce
milieu
minimal (MM), mais qui poussent sur un milieu complémenté
avec
tel ou tel métabolite.
- En particulier, des mutants de phénotype [Arg-],
auxotrophes (=qui nécessitent la présence d'un nutriment)
pour l'arginine sont cultivés. On précise la chaîne
de biosynthèse de l'arginine:
-
- Trois souches [Arg-] sont cultivées sur milieu minimum
(MM) et sur des milieux supplémentés en une ou plusieurs
substances de la chaîne de biosynthèse de l'arginine.
Les résultats obtenus sont traduits ci-dessous (+ : croissance,
- : pas de croissance):
-
-
En vous
inspirant de la conclusion de GARROD vis-à-vis de
l'alcaptonurie, essayez d'expliquer la cause de chacune des mutations
ci-dessus: un schéma est souhaité.
-
-
1.2.2 Cultures de dicaryons de Neurospora
La mise en contact
de deux filaments haploïdes de Neurospora permet d'obtenir des
"dicaryons" fonctionnant comme des cellules diploïdes.
- Des expériences de fusion ont donné les
résultats ci-dessous quant à la capacité des
dicaryons de croître sur milieu minimum:
-
-
Expliquez les
potentialités biochimiques des différents dicaryons en
exprimant leur génotype que vous schématiserez en en
faisant une représentation chromosomique.
-
- Ces études montrent que chacun des mutants est en
réalité déficient en une des enzymes
nécessaires à l'une des étapes de la chaîne
métabolique. L'analyse génétique de ces mutants
permet à BEADLE et TATUM de montrer que chacune des
déficiences segrège de façon mendélienne,
et correspond donc à une mutation dans un unique gène.
L'ensemble de ces observations aboutit donc à la conclusion que
les gènes contrôlent la synthèse des enzymes, et
que chaque protéine est codée par un gène
différent. Ceci conduit BEADLE et TATUM à exprimer la
relation entre la présence d'un gène et la
synthèse d'une enzyme ce que Norman HOROWITZ traduisit en 1948
par le célèbre aphorisme : "un gène -> une
enzyme", généralisé par la suite en "un
gène -> un polypeptide".
-
- Ces travaux concrétisent ainsi la rencontre de la
biochimie et de la génétique : la protéine vient
combler la lacune qui existait entre le gène et le
caractère. BEADLE et TATUM se verront récompensés
en 1958 par l'attribution du prix Nobel de physiologie et de
médecine.
2
Découvertes autour de l'ADN, support de l'information
génétique
- Le premier phénomène qui allait permettre de
progresser dans l'identification du support de
l'hérédité est celui de la transformation
bactérienne, rapporté en 1928 par l'anglais GRIFFITH.
Pour comprendre son déroulement il est nécessaire de
préciser au préalable une possibilité qui existe
chez les bactéries: la conjugaison bactérienne.
2.1 LA CONJUGAISON BACTERIENNE
Bien
que les bactéries se reproduisent de façon
asexuée, on observe souvent dans une population
bactérienne des phénomènes de parasexualité,
connus sous le nom de conjugaison bactérienne: deux
bactéries s'accolent l'une à l'autre, puis, par le pont
cytoplasmique qui les unit, une des deux bactéries dite
"donneuse" transfère une partie de son matériel à
l'autre bactérie dite "receveuse".
-
- On a pu montrer que la quantité de
matériel transférée dépend de la
durée de contact entre les deux bactéries. On rappelle
ici que le chromosome bactérien est unique et circulaire.
-
2.2 LES EXPERIENCEs DE GRIFFITH (1928) ET
AVERY (1944):
2.2.1 Préliminaire:
Les pneumocoques sont des bactéries responsables d'une pneumonie
chez les Mammifères.
- Il en existe deux formes: les pneumocoques de type R et les
pneumocoques de type S qui se distinguent l'une de l'autre par la
morphologie de leurs colonies et celle de leurs cellules comme le
montre la figure ci-contre.
-
- 2.2.2 Les expériences
proprement dites:
- En 1928, le biologiste anglais GRIFFITH suspecte la
possibilité de transformation de bactéries.
- Il réalise l'expérience ci-dessous.
-
-
Vous
interpréterez le sort des souris des quatre lots.
-
-
Ce n'est qu'en 1944, après dix années de
recherches que le principe transformant est identifié par Oswald AVERY, MAC LEOD et MAC CARTHY
qui publient dans le Journal of Experimental Medicine:
- " [...] la fraction active consiste principalement, sinon
uniquement, en une forme visqueuse, hautement polymérisée
d'acide désoxyribonucléique".
-
- Le facteur transformant susceptible d'être
intégré par d'autres bactéries leur confère
de façon héréditaire de nouvelles
propriétés génétiques.
- La découverte d'AVERY a été accueillie
avec beaucoup de scepticisme et la reconnaissance de l'ADN comme
le support chimique de l'hérédité aura du
mal à s'imposer.
2.3 LES TRAVAUX DE ERWIN CHARGAFF
(1950):
- Quand il prend connaissance des travaux d'AVERY, CHARGAFF
comprend que l'ADN occupe une place centrale dans les mécanismes
héréditaires et il décide de consacrer les
activités de son laboratoire de
biochimie à l'Université de Columbia à
l'étude des acides nucléiques.
- En 1950, grâce aux progrès de la chromatographie
sur papier, il publie ses travaux sur le contenu en bases
azotées de l'ADN chez diverses espèces.
-
-
|
COMPOSITIONS NUCLEOTIDIQUES (%)
|
|
Organismes
|
A
|
T
|
G
|
C
|
| Homme |
30,9
|
29,4
|
19,9
|
19,8
|
| Poulet |
28,8
|
29,2
|
20,5
|
21,5
|
| Sauterelle |
29,3
|
29,3
|
20,5
|
20,7
|
| Oursin |
32,8
|
32,1
|
17,7
|
17,3
|
| Blé |
27,3
|
27,1
|
22,7
|
22,8
|
| Levure |
31,3
|
32,9
|
18,7
|
17,1
|
| E. coli |
24,7
|
23,6
|
26,0
|
25,7
|
| Methanococcus |
34,5
|
34,2
|
15,9
|
15,5
|
-
-
Analysez les
rapports A+T / C+G et C / G ou A / T selon les espèces.
D'après les connaissances sur l'ADN que vous avez de la classe
de 2e,
pouvez-vous expliquer ces constatations?
-
-
- L'ADN est donc porteur d'une certaine
spécificité: cette molécule n'a pas une
structure polymérique monotone, elle
est donc susceptible de contenir une information. Les travaux de
CHARGAFF vont contribuer à répandre l'idée que
l'ADN puisse être une molécule porteuse de
l'information génétique.
- Ses observations seront déterminantes pour
l'élaboration du modèle de la structure de l'ADN par
WATSON et CRICK quelques années plus tard.
2.4 LES TRAVAUX DE WATSON ET
CRICK (1952):
- Il faut comprendre l'influence des physiciens au milieu du XXe
siècle pour prendre la mesure des orientations que prend la
biologie dans le domaine moléculaire et à ce sujet une
lecture du paragraphe 5 de l'article de Alain BERNOT et Olivier ALIBERT du
Génoscope (Groupement
d'Intérêt Public) s'avère intéressante.
-
- James Dewey WATSON a décrit dans un livre passionnant "La
double hélice" (1968) le récit de la formidable
découverte qu'il a réalisée avec Francis CRICK.
-
- Alors qu'ils s'apprêtent à mener leurs travaux,
les deux
chercheurs disposent des éléments suivants :
- la composition chimique de l'ADN (désoxyribose, bases
azotées A, T, C, G et acide phosphorique);
- les clichés de diffraction aux rayons X d'ADN
cristallisé, dus principalement à Rosalind FRANKLIN et
Maurice WILKINS du King's College. Ces clichés montrent une
figure en croix, caractéristique des structures en hélice
(voir la photographie à la fin de l'article
cité ci-dessus);
- les travaux de Erwin CHARGAFF, qui avaient montré que
pour toute molécule d'ADN, le nombre de molécules
d'adénine est égal au nombre de molécules de
thymine, et que celui de cytosine est égal à celui de
guanine ;
- les analyses en microscopie électronique, qui avaient
montré que le diamètre de la molécule d'ADN est de
20 Å, ce qui
suggérait que cette molécule comportait deux
chaînes de
désoxyribose-phosphate.
-
- Ils proposent en fin de compte un modèle de structure de la molécule d'ADN
qui recevra l'assentiment de toute la communauté scientifique et
recevront avec M.WILKINS le prix Nobel de médecine en 1962.
2.5 LA DECOUVERTE DU MODE DE
REPLICATION DE L'ADN
Un
des articles publié par WATSON et CRICK en 1953
mentionnaient: "il n'a pas échappé à notre
attention que l'appariement spécifique des bases que nous avons
postulé, suggère immédiatement un mécanisme
de réplication de l'ADN."
- En d'autres termes, ils s'étaient bien rendu compte que,
une fois la structure de l'ADN déchiffrée, le
mystère de la réplication (ou de la duplication) de l'ADN
serait bientôt élucidé. La nature semi-conservative
du processus de réplication de l'ADN fut proposée par eux
sur des bases purement théoriques.
- Matthew MESELSON et Franklin STAHL en firent la première
démonstration pratique en 1958, en utilisant la Bactérie
intestinale Escherichia coli. Une démonstration de la
réplication semi-conservative très semblable fut
menée par James Herbert TAYLOR, en utilisant des chromosomes de
fève (voir le programme de 1èreS).
3 Découverte
des mécanismes de transcription des gènes
3.1 VISION ACTUELLE DE LA BIOLOGIE
MOLECULAIRE

3.2 LES DECOUVERTES DE L'ARN MESSAGER ET DU
CODE GENETIQUE:
- A la fin des années 1950, on sait
que les
gènes codent pour l'assemblage ordonné des acides
aminés d'une protéine synthétisée au niveau
des ribosomes cytoplasmiques. Mais point d'ADN sur les ribosomes: on
envisage qu'une autre molécule servant de matrice, porte
l'information de l'ADN aux ribosomes.
- On pense à l'ARN ribosomial: les ribosomes
sont des grains, découverts par Georges PALADE,
associés ou non à des membranes (ergastoplasme ou REG =
reticulum endoplasmique granuleux) et impliqués dans
l'assemblage des acides aminés. Ils furent longtemps
appelés grains de Palade.
3.2.1 VOLKIN-ASTRACHAN et leur
"curieux"ARN :
- En 1956, Elliot VOLKIN et Lazarre ASTRACHAN ont effectué
l'expérience suivante :
- Culture d'E. coli,
- Infection de la culture avec le bactériophage T2,
- Marquage au 32Pi quelques minutes
immédiatement après l'infection,
- Isolement et analyse de l'ARN marqué.
- Leur analyse a indiqué que l'ARN marqué
isolé a représenté seulement 2% de tout l'ARN dans
la cellule et il
était labile. En outre, la composition en bases de l'ARN fut une
surprise:
-
-
|
Composition en bases
|
|
ADN du phage
|
ARN marqué
|
ADN d'E. coli
|
ARN d'E. coli
|
|
A
|
32
|
33
|
25
|
26
|
|
U ou T
|
32
|
29
|
25
|
19
|
|
C
|
18
|
20
|
25
|
25
|
|
G
|
17
|
18
|
25
|
19
|
-
Montrez en quoi
cette composition était inattendue. Sauriez-vous expliquer cet
état de fait avec les connaissances actuelles?
-
-
-
- La pleine signification de ce résultat n'a pas
été appréciée pendant un certain nombre
d'années.
-
- 3.2.2 La découverte de l'ARN
messager et le décryptage du code génétique:
-
- Une nouvelle idée émerge,
qui invalide le rôle de l'ARN ribosomial comme
intermédiaire: c'est celle de François JACOB, Jacques
MONOD et André LWOFF, tous trois travaillant à l'Institut
Pasteur.
-
- "MONOD avança alors
l'idée, conçue par F. JACOB et lui, qu'existait
peut-être un ARN, jusque là non décrit [...]. Il le
baptisa messager pour rendre compte du fait qu'il devait s'agir d'une
molécule fabriquée à partir de gènes, sans
doute transportée au niveau des ribosomes [...]. une telle
hypothèse était à l'époque hardie: elle
revenait à dire que l'ARN ribosomial n'avait aucun rôle
direct dans le transfert de l'information." F. GROS - Les secrets du
gène.
-
Plusieurs équipes présenteront des
protocoles expérimentaux différents, qui conduiront tous
à admettre l'existence d'un ARN messager qui s'associe
temporairement à l'ARN ribosomial pour assurer la
synthèse protéique (voir le cours de 1ère S: transcription
et traduction).
-
- Il reviendra à Marshall Warren NIRENBERG et J.Heinrich
MATTHAEI en 1961 de mettre en évidence la réalité
du code génétique
qui sera entièrement décrypté en 1965.
-
- Suite ...
-
-
-
-
-