LA CONVERGENCE LITHOSPHERIQUE ET SES EFFETS

(suite)

2 Convergence et collision continentale

La subduction conduit à la disparition du plancher océanique. Or, à l'arrière, comme arrimée à lui, la croûte continentale migrante peut entrer en collision avec la bordure continentale de l'ancienne zone de subduction. C'est cette destinée qu'ont connue les Alpes franco-italiennes.

Comme nous l'avons fait dans la précédente étude, nous essaierons d'en retrouver les traces. L'objectif de la présente étude est donc double:

2.1 DES TEMOINS DE L'OUVERTURE ET DE L'EXPANSION DE L'OCEAN ALPIN

La chaîne des Alpes forme un arc de 1 000 km de la Méditerranée à l'Autriche. Au nord et au sud, celui-ci est bordé de bassins sédimentaires recueillant les matériaux d'érosion de la chaîne. A l'est une succession de massifs (Carpathes, Caucase,...) prolonge la chaîne alpine jusqu'en Asie (Himalaya).
La richesse et la complexité du sous-sol justifient la grande variété des paysages des Alpes occidentales. Des roches magmatiques et métamorphiques d'âge primaire (-400 MA) correspondent au socle hercynien, alors que des terrains sédimentaires calcaires et marneux du Jurassique inférieur (-180 MA) ont été transformés en schistes métamorphiques.
Ces unités peuvent être représentées sur un schéma général des Alpes franco-italiennes.
2.1.1 Les traces d'une ancienne marge passive

De nombreuses failles normales d'inclinaison variable, orientées NE-SW, découpant des zones surélevées ou au contraire effondrées, plus ou moins basculées, sont visibles un peu partout dans le bassin dauphinois et dans ses abords.


En observant les contacts entre les blocs basculés et la sédimentation des bassins qui résultent de cette tectonique cassante, on peut en déduire la date de fonctionnement de ces failles.
Vous ferez cette étude après avoir réalisé un schéma d'un affleurement sur le flanc ouest du massif du Rochail au fond de la vallée de Bourg d'Oisans.
Précisez à quel contexte géodynamique appartient ce type de structure. Eu égard à l'orientation générale des failles, précisez la direction des contraintes tectoniques.

Il est possible de reconstituer les paléo-environnements et les épisodes de cette partie de l'histoire des Alpes, notamment en Briançonnais, en étudiant l'enregistrement sédimentaire. 



A partir de la description du site de Saint-Crépin, dans la vallée de la Durance (que l'on visite en participant au stage de géologie alpine au CBGA de Briançon) et de l'échelle stratigraphique fournie, vous résumerez l'enregistrement sédimentaire de ce site sous forme de tableau, en faisant apparaître:
Que remarquez-vous entre le Trias supérieur et le Jurassique supérieur? entre le Crétacé inférieur et le Crétacé supérieur? L'enregistrement sédimentaire a-t'il été complet? Que pouvez-vous en déduire?
Sachant que la chaîne hercynienne a subi une pénéplation à la fin de l'ère primaire et au tout début de l'ère secondaire, quels sont les phénomènes tectoniques qui surviennent à cette portion de continent à la fin du Trias? Faites un schéma en coupe de la zone considérée.
Que survient-il ensuite au Jurassique inférieur et moyen? Quel destinée particulière affecte la zone briançonnaise dans ce contexte général? Faites un nouveau schéma pour cette période.
 
 

 
La distension est responsable de l'enfoncement de la croûte continentale: ce phénomène est appelé subsidence. L'idée selon laquelle la déchirure continentale à l'origine de l'océan alpin s'est effectuée en domaine marin est corroborée par la datation des dalles à ammonites: elles sont contemporaines du basculement des blocs (-190 MA).
 
Rappelons les caractéristiques du plancher de cet océan alpin à l'aide de documents relevés sur le site de Christian NICOLLET, Professeur au département des Sciences de la Terre à l'Université Blaise Pascal de Clermont-Ferrand
2.1.2 Les ophiolites, vestiges d'un ancien plancher océanique:
Dans la zone interne de l'arc alpin, on trouve des roches à l'aspect de "peau de serpent", auxquelles les géologues ont donné le nom d'ophiolites. Elles sont constituées par la succession de trois types de formations:
L'âge de ces ophiolites est variable: les plus anciennes ont pu être datées de -190 MA (cf. la datation de Renaud CABY - Laboratoire de Tectono-Physique de Montpellier - vue dans le chapitre "La mesure du temps..."), les plus récentes de -80 MA. Au Chenaillet on peut constater sur le terrain, que l'étude de la couverture sédimentaire (affleurement du rocher de la Perdrix constitué de radiolarites) permet de dater assez précisément la formation du plancher océanique sur lequel ces boues argileuses à radiolaires se sont déposées: -160 MA.
 

2.2 DES TEMOINS DE LA FERMETURE DE L'OCEAN ALPIN

-> Les associations de minéraux
-> choisir les courbes d'équilibre:
- glaucophane+/glaucophane-
- chlorite+/chlorite-

- anhortite-/grenat+

- quartz-/coésite+
-> positionner les domaines du métamorphisme:
- schistes verts
- schistes bleus
- amphibolites

- éclogites

2.3 LA COLLISION CONTINENTALE ET L'OROGENESE ALPINE 

2.3.1 Les conséquences en surface de la collision:
Les deux plaques continentales, qui ont la même densité, se sont donc affrontées et, la compression tectonique se poursuivant, la lithosphère a subi ses contraintes.

Des documents illustrant ce contexte géodynamique sont consultables sur le site de Christian NICOLLET, Professeur au département des Sciences de la Terre à l'Université Blaise Pascal de Clermont-Ferrand.

Dans les zones profondes où la température était forte, les roches se sont déformées en adoptant un comportement plastique: elles se sont plissées.

Citons aussi le pli de Saint-Clément dans la vallée de la Durance, évoqué dans le chapitre "La mesure du temps dans l'histoire de la Terre et de la Vie", dont vous pouvez revoir la photographie en cliquant sur l'icône ci-contre.

Dans les zones plus superficielles et plus froides, les roches ont eu un comportement cassant et se sont fracturées au niveau de failles inverses, qui traduisent un raccourcissement global de la croûte. Au cours du temps, la collision se poursuivant, ce phénomène s'est accentué et l'on trouve un peu partout dans la chaîne alpine des contacts anormaux, qui s'interprètent par des mouvements de grande ampleur, qualifiés de nappes de charriage

    L'anticlinal de nappe du Guil
Dans le Domaine Briançonnais, en arrière du chevauchement du Front Pennique, l'anticlinal du Guil, vu depuis le Monument Bonnet à quelques kilomètres à l'Est de Guillestre sur la D902, offre vers le nord un panorama en direction de la rive droite du Guil, torrent qui descend du Queyras vers la vallée de la Durance située à l'ouest.
On se propose d'y retrouver la série sédimentaire mésozoïque de Saint-Crépin, localisé un tout petit peu plus au nord sur la rive gauche de la Durance: pour des raisons de commodité, il est plus facile de faire la même démarche en se déplaçant du monument Bonnet (rive gauche, au sud, là où a été prise la photographie ci-dessous) et en remontant sur cette même rive le chemin forestier sur un kilomètre environ.



Nous pouvons suivre d'ouest en est les formations suivantes comme si le relief nous offrait une vaste coupe géologique à la faveur de l'entaille offerte par le Guil (tant que le paysage le permet, l'anticlinal est visible en arrière plan):

Calcschistes du crétacé
supérieur (sénonien)
Calcaires blancs du jurassique
supérieur
Calcaires roses du jurassique
supérieur
Dolomies du trias Calcschistes du crétacé
supérieur (sénonien)
Quelle remarque faites-vous quant à la succession des terrains d'ouest en est? Que pouvez-vous en déduire quant au type d'anticlinal que représente celui du Guil? Essayer de représenter par des schémas simples la succession des événements qui ont affecté les terrains du Briançonnais pour parvenir à cette tectonique. 
 


  2.3.2 Les conséquences en profondeur de la collision:

La sismique réflexion permet d'avoir accès à la structure profonde de la chaîne alpine. Les études de ce type (programme "ECORS") montrent que, sous la chaîne de montagne, la profondeur du Moho peut atteindre plus de 50 km: on qualifie cette croûte de racine crustale.
De plus, les profils sismiques montrent que les chevauchements, visibles en surface, se retrouvent en profondeur. De gigantesques nappes sont ainsi "empilées" les unes sur les autres pour former un prisme de collision qui explique l'augmentation d'épaisseur de la croûte, qui s'enfonce dans le manteau.
Lors de la convergence qui pousse deux plaques à s'affronter, la réponse de la lithosphère est donc la même en surface et en profondeur: elle se raccourcit et s'épaissit, en absorbant les contraintes. Ce mécanisme porte le nom d'orogénèse, alpine dans le cas présent.
 
Un schéma général résume ainsi les phénomènes de collision.
 
Rq. Il convient néanmoins de relativiser les modèles établis en laboratoire, concernant notamment les phénomènes de charriage: les rapports entre la tectonique du socle et celle de sa couverture restent en effet difficiles à cerner.
 
2.3.3 L'évolution tardive de la chaîne:
Dès leur formation, les reliefs sont soumis à une intense érosion. Repris par les glaciers et les eaux de ruissellement, les produits de cette érosion sont entraînés vers les vallées. Ce déblaiement aboutit ainsi à la destruction des reliefs ou pénéplanation.
La croûte continentale flottant sur l'asthénosphère, l'allègement de la zone pénéplanée entraîne une remontée progressive de la racine crustale, portant en surface des roches formées en profondeur, dont les minéraux enregistrent les modifications de pression et de température subies au cours de cette remontée (métamorphisme rétrograde: du stade
éclogite déstabilisée au stade amphibolite), compliquant ainsi encore davantage la signature des roches.