

LA
TERRE, MACHINE
THERMIQUE
- L'intérieur du globe, et
plus précisément le manteau, est le siège d'une
importante production de chaleur: les manifestations volcaniques sont
la preuve de la présence de matériaux à haute
température. Après avoir précisé l'origine
de cette chaleur interne, nous allons étudier les
mécanismes qui permettent de l'évacuer vers la surface.
-
- Durée: 1 semaine
-
- 1.1 L'ORIGINE DE LA CHALEUR
INTERNE DU GLOBE
1.1.1 Chaleur emmagasinée lors de
la formation de la Terre
Au cours de la formation de la Terre par accrétion, les
impacts des différents corps célestes ont
dégagé une grande quantité de chaleur. Lorsqu'elle
a acquis sa taille quasiment définitive, la Terre était
constituée de matériaux en fusion: c'était la Terre
magmatique.
Les couches superficielles ont assez rapidement évacué
cette chaleur initiale pour former une croûte: les
couches internes ont été plus lentes à se
refroidir, mais cette source de chaleur est très secondaire par
rapport à d'autres mécanismes producteurs
d'énérgie calorifique.
1.1.2 Chaleur libérée par
la désintégration radioactive
La désintégration de certains isotopes radioactifs
est à l'origine de l'essentiel de la chaleur interne du globe.
Présents lors de l'accrétion, ces éléments,
au cours de la différenciation de la planète, se sont
concentrés dans les couches externes.
Le noyau atomique instable des isotopes radioactifs se fragmente
spontanément en libérant un rayonnement et de la chaleur.
Chaque isotope 238U, 232Th
et 40K a sa propre cadence de
désintégration ou période:
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|
ELEMENT-PARENT
|
ELEMENT-FILS STABLE
|
CHALEUR EMISE (W/kg)
|
PERIODE OU DEMI-VIE
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238U
|
206Pb
|
9,4.10e-5
|
4,5 GA
|
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235U
|
207Pb
|
5,7.10e-4
|
0,704 GA
|
|
232Th
|
208Pb
|
2,7.10e-5
|
14,0 GA
|
|
40K
|
40Ar
|
2,8.10e-5
|
1,25 GA
|
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Pour
238U, quelle part de la masse initiale de
cet
élément seulement s'est désintégrée
depuis la formation de la Terre?
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- La production de chaleur interne par radioactivité
décroît donc, mais reste importante: la puissance
thermique du globe est actuellement de l'ordre de 40.10e12 W.s-1.
-
- Montrons que les roches de la Terre
sont radioactives
-

Il est possible d'écouter et de mesurer les
émissions radioactives d'une roche à l'aide d'un compteur
Geiger.
Dans le laboratoire de physique des lycées, on trouve un
compteur CRAB avec une source radioactive, un détecteur de
rayonnements, des écrans d'aluminium et de plomb, et une
échelle de comptage. Les émissions peuvent être
enregistrées par un micro et étudiées avec un
logiciel d'étude de son (présent sur tout ordinateur
multimédia). On peut ainsi montrer que certaines roches (granite
par exemple) sont radioactives.
- L'ensemble ALEACRAB de chez MICRELEC
permet d'automatiser les mesures. Il contient un module en relation
avec le port série d'un ordinateur et un logiciel.
- PIERRON distribue également un compteur de
radioactivité MESURA permettant de mesurer la
radioactivité naturelle ambiante ou provenant d'une source
radioactive (photographie ci-contre).
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-
- Observons les conséquences
d'une réaction radioactive dans une lame mince
-


Dans une lame mince de granite, les cristaux de
biotite présentent souvent des zircons inclus. Ceux-ci sont
souvent entourés d'une auréole noire due à une
désintégration radioactive. Cette observation permet de
visualiser la radioactivité dans un granite.
-
-
- Evaluons la production de chaleur par
radioactivité
-


La
production de chaleur par radioactivité est principalement due
à la présence des 3 éléments radioactifs Uranium, Thorium
et Potassium: au sein d'une roche, elle
dépend de la composition globale de celle-ci en chacun de ces
éléments.
-
- Dans le tableau ci-contre on donne:
- Cliquez sur celui-ci pour ouvrir un tableur "ChalTe.xls"
et calculez la chaleur produite:
-
- Connaissant la masse de chacune des enveloppes du globe,
finalisez votre étude en calculant la chaleur
libérée par celles-ci et celle produite par la Terre.
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| Enveloppes |
croûte continentale
|
croûte océanique
|
manteau
|
noyau
|
| Masses (kg) |
1,38e+22
|
6,90e+21
|
3,70e+24
|
2,32e+24
|
-
Réalisez un graphe, tout d'abord de la production par
roche et par enveloppe, puis des enveloppes globales. Quelle est celle
qui produit le plus d'énergie? -
-
-
1.2 DEUX MODES DE TRANSFERT
DE CHALEUR A L'INTERIEUR DE LA TERRE
La conduction est un mécanisme
dans lequel la chaleur se transmet de proche en proche dans un
milieu: à l'échelle atomique la chaleur correspond
à une agitation des atomes qui, en se heurtant, augmentent
leur niveau de désordre, donc leur température.
La convection, elle, s'accompagne
d'un mouvement de matière: c'est le déplacement
de matière chaude, dilatée donc moins dense, qui
provoque le transfert de chaleur, donc l'élévation
de température.
N.B. Le rayonnement est un autre
mode de transfert de chaleur qui associe les ondes
électromagnétiques
(chaleur solaire dans l'espace par exemple): il est inopérant
dans un milieu opaque comme l'intérieur du globe.
Essayons de voir
quel mode de transfert de la chaleur est le plus efficace dans
un fluide. Un montage analogique recréera ce qui se passe
dans le manteau terrestre.
-
Vous utiliserez deux dispositifs de bain marie
identiques, munis d'une résistance, que vous remplirez d'eau au
même niveau. Dans le premier, la résistance est
placée au bas du récipient, dans le second elle est
placée près de la surface de l'eau. Deux sondes
thermiques (ou deux thermomètres) sont installées dans
chaque récipient: l'une près de la surface, l'autre au
fond.
- Dans les deux cas vous veillerez
à ce que la même quantité de chaleur soit
apportée au système et que la distance à parcourir
- c'est-à-dire la hauteur d'eau entre la résistance et la
sonde la plus éloignée soit la même.
-
- Des deux dispositifs, précisez
lequel est approprié pour l'étude de la convection,
lequel correspond à celle de la conduction.
- Après avoir enclenché le
chauffage de l'eau par la résistance - le thermostat est
réglé de la même manière dans les deux
montages - vous mesurerez l'évolution de la température
entre les deux sondes de chaque dispositif pendant 10 minutes.
-
-
Résultats chiffrés
Résultats
graphiques
-
- Notez les différences entre les
deux systèmes. Tracez le gradient de température dans
l'un et l'autre système conductif et convectif (en
considérant les températures en fin d'expérience).
Que remarquez-vous?
-
-
-
- Indiquez lequel des deux modes de
transfert de chaleur est le plus efficace.
-
- On fournit le document ci-contre qui
représente le géotherme, de la surface du globe au noyau.
- Interprétez ce document à
la lumière de l'activité pratique
précédente. Distinguez les régions où le
mode de transfert de la chaleur est la convection et les régions
où le transfert de la chaleur est la conduction. Mettez ces
informations en relation avec la structure de la Terre.
-
-
-
- 1.3 DISSIPATION EN SURFACE DE
LA CHALEUR INTERNE, PAR CONDUCTION
A la surface, deux types de
manifestations permettent la dissipation de
cette chaleur:

- le
flux de
chaleur continu au
travers de la croûte
(quelque 95%),
- des événements ponctuels et épisodiques: les
séismes et les éruptions volcaniques (5%).
1.2.1 Le flux
géothermique correspond à la fuite de chaleur
par conduction au travers de la croûte. Il a une valeur
moyenne de l'ordre de 80 mW.m-2: cette
valeur est infime par rapport à l'énergie solaire
reçue, puis rayonnée dans l'espace de l'ordre de 240 W.m-2.
-
- Il est très variable d'une région à
l'autre: faible au-dessus des continents, plus élevé au
niveau du plancher océanique et particulièrement à
l'aplomb des dorsales. Il traduit la présence en profondeur de
matériaux chauds.
-
- 1.2.2 Le gradient géothermique
mesure l'augmentation de température des roches en
fonction de la profondeur: T = f(p).

Seuls les premiers km de croûte relèvent de mesures
directes: de l'ordre de 20 à 30 °C par km dans la
croûte continentale.
-
- Ce sont les données sismiques qui permettent
d'établir la profondeur à laquelle les matériaux
du manteau supérieur deviennent ductiles, ce qui correspond
à l'isotherme 1350 °C, marquant la limite
lithosphère-asthénosphère.
Situé à une centaine de km sous les continents, il
est
beaucoup plus proche de la surface sous les océans et
superficiel au niveau des dorsales.
- Il est ainsi possible de construire le géotherme,
c'est-à-dire la courbe présentant les températures
possibles des roches de la lithosphère dans les
différents contextes géodynamiques.
-
- La valeur élevée du gradient
géothermique dans les couches superficielles du globe s'explique
par le fait que la dissipation de la chaleur s'y fait par conduction
(transmission de proche en proche, par agitation des atomes sans
déplacement de matière).
- Si ce gradient se maintenait en profondeur, la
température serait de l'ordre de plusieurs milliers de
degrés à la limite noyau-manteau. Or des données
indirectes la fixe à environ 3000 °C.
- Le gradient
géothermique est donc particulièrement faible, de l'ordre
de 0,5 °C par km dans le manteau, ce qui suppose un
mécanisme plus efficace d'évacuation de la chaleur que la
conduction.
-
- On représente
souvent le
géotherme terrestre avec une forte variation de
température à 2900 km (température de 2000 °C
à la base du manteau et au moins 3500°C à la limite
supérieure du noyau comme le montre la figure ci-dessus).
Comment détermine-t-on ce saut de température?
- Vous pouvez, pour apporter
une
réponse, consulter l'adresse suivante:
-
-
http://planet-terre.ens-lyon.fr/planetterre/XML/db/planetterre/metadata/LOM-convection-et-geotherme.xml
-
- Le montage analogique
utilisé dans le §1.2 avec un récipient contenant
deux fluides superposés en convection pourrait ainsi permettre
de simuler l'allure du gradient de température entre le manteau
et le noyau.
- 1.4 DISSIPATION D'ENERGIE
INTERNE PAR CONVECTION: LE MOTEUR DE LA TECTONIQUE DES PLAQUES
1.3.1 La convection, un autre
mécanisme plus efficace d'évacuation de la chaleur:
La
convection
est un mode de transport de la chaleur qui s'accompagne de mouvements
de matière lorsqu'un matériau chaud et peu dense est
surmonté par un matériau froid et plus dense: la
matière chaude se dilate, sa densité diminue, ce qui
provoque son ascension et, à terme, son refroidissement;
à l'inverse la matière plus froide et plus dense, a
tendance à descendre et, à terme, à
s'échauffer. Des cellules de convection s'organisent.
- 1.3.2 La convection dans le manteau
terrestre est conforme au modèle décrit: du
matériel chaud monte à l'aplomb des dorsales, se
refroidit et devient plus dense en s'en éloignant, du
matériel froid et dense plonge dans le manteau dans les zones de
subduction.
- Il est ainsi possible de localiser les cellules convectives,
mais la profondeur à laquelle elles se ferment est incertaine:
- pour certains elles descendent jusqu'à la limite
manteau-noyau,
- pour d'autres la circulation convective s'organise en deux
étages superposés de part et d'autre de la limite
asthénosphère-manteau profond (700 km).
- Ce mécanisme de convection thermique assure un
transport efficace de la chaleur et la tectonique des plaques en est
une manifestation en surface.
Se pose alors la question du
moteur de
la tectonique des plaques.
Si la subduction est
l'une des manifestations de la convection dans le manteau, l'expansion
océanique en est une autre. Si l'on regarde de plus
près l'Atlantique avec sa dorsale, mais sans zone de subduction
et le Pacifique avec ses dorsales et ses zones de subduction, on ne
peut attribuer un rôle plus ou moins grand à l'un ou
l'autre de ces contextes pour répondre à la question: il
n'y a donc pas un moteur qui serait localisé dans les zones de
subduction, un autre sur les dorsales: c'est toute la Terre qui est
impliquée, en évacuant sa chaleur interne.
Le mouvement des plaques est lié à la gravité qui
les tire grâce à un morceau en subduction - les
vitesses sont alors fortes - , l'expansion océanique fait
s'écarter les plaques - beaucoup plus lentement -.
En résumé on peut
affirmer, comme
le dit Xavier LE PICHON et
Henri-Claude NATAF (ENS Lyon):
-
-
"c'est la chaleur,
ou plutôt la dissipation de la chaleur interne de la Terre" qui
fait réellement bouger les plaques.
-
- 1.5 LES POINTS CHAUDS,
MANIFESTATIONS PONCTUELLES DE LA CONVECTION
1.4.1 Les alignements volcaniques de
point chaud ont été étudiés
dans le chapitre "Lithosphère et tectonique des plaques".
1.4.2 Le fonctionnement d'un point chaud:
Les géologues imaginent que le point chaud profond,
situé à la limite manteau profond-noyau, est à
l'origine de l'ascension d'une colonne convective de matériau
chaud et moins dense que ceux environnants. En remontant rapidement
(quelques dizaines de cm par an) il transporte une énorme
quantité de chaleur et subit, du fait de la
décompression, une fusion partielle produisant des magmas.
Ceux-ci perforent périodiquement la lithosphère donnant
naissance à des éruptions basaltiques massives (plateaux
océaniques, îles, trapps).
- L'analyse chronologique suggère que les premières
émissions sont beaucoup plus massives que les suivantes: ce
phénomène s'expliquerait par la forme en panache avec
"tête" massive et "pied" plus étroit des colonnes de
magma. La production de magmas par ces points chauds est de l'ordre de
4 km3 par an à comparer aux 20 km3
produits par les dorsales.